Comprendre la surperformance historique des actions américaines : plaidoyer pour une exposition mondiale équilibrée
Comprendre la surperformance historique des actions américaines : plaidoyer pour une exposition mondiale équilibrée
La semaine dernière, les investisseurs qui suivaient l'actualité des marchés ont constaté un phénomène familier : une attention particulière était portée à l'une des sept valeurs technologiques à très forte capitalisation, surnommée « les Sept Magnifiques ». En l'occurrence, tous les regards étaient tournés vers Nvidia, qui a publié ses résultats trimestriels mercredi après la clôture de la bourse.
Nvidia confirme son rôle de précurseur dans le développement des puces d'IA. Après avoir presque triplé en 2024, son action a progressé de 35 % en 2025, malgré un léger repli après la publication des résultats, suite à un deuxième trimestre consécutif de revenus des centres de données inférieurs aux prévisions. L'entreprise a néanmoins dépassé les attentes en matière de bénéfices et de revenus, avec des prévisions de 54 milliards de dollars pour le troisième trimestre, supérieures aux estimations consensuelles. L'activité de centres de données de Nvidia demeure essentielle au déploiement mondial de l'IA, la directrice financière Colette Kress tablant sur des dépenses d'infrastructure d'IA de 3 à 4 billions de dollars d'ici la fin de la décennie.
Suite aux réactions suscitées par les résultats de Nvidia dans l'actualité, nous avons souhaité examiner de plus près une tendance à laquelle l'entreprise a contribué : la surperformance des actions américaines par rapport à leurs homologues internationales pendant plus d'une décennie.
Bien que cette tendance se soit quelque peu inversée en 2025, le S&P 500 a surperformé les marchés internationaux développés de 150 % au cours des quinze dernières années. Ce succès a été si retentissant que les actions américaines à forte capitalisation sont désormais considérées par beaucoup comme le choix par défaut des investisseurs à long terme, l'exposition internationale étant parfois perçue comme un risque inutile.
Toutefois, une analyse plus approfondie révèle que cette surperformance est plus complexe qu'il n'y paraît. Comprendre les raisons de la domination passée des actions américaines apporte des éclairages importants sur la construction de portefeuille et le rôle de la diversification internationale à l'avenir.
Les trois facteurs de la surperformance américaine
Selon Une étude de la société de gestion d'actifs GMO, trois facteurs seulement expliquent la totalité de la surperformance du marché boursier américain au cours des quinze dernières années :
1. Force du dollar
Une part importante de la surperformance des actions américaines peut être attribuée à l'appréciation du dollar face à la quasi-totalité des principales devises au cours des quinze dernières années. Lorsque les rendements internationaux sont mesurés en dollars américains, les fluctuations monétaires deviennent un facteur déterminant. La vigueur du dollar a fortement favorisé les investisseurs américains, rendant les investissements nationaux plus attractifs en termes relatifs. Cependant, les fluctuations monétaires sont par nature cycliques. Cette année, le dollar a reculé par rapport à ses sommets historiques, contribuant ainsi à la surperformance des actions internationales par rapport aux actions américaines depuis le début de l'année 2025 (voir également : Comprendre les récentes baisses du dollar américain et leurs conséquences sur la performance des marchés actions internationaux).
2. Expansion de la valorisation
Les actions américaines ont également profité de l'augmentation de leurs multiples de valorisation par rapport à leurs homologues internationales, ce qui signifie que les indicateurs de valorisation traditionnels, comme le ratio cours/bénéfice, ont fortement progressé pour de nombreuses entreprises américaines. Cette hausse des valorisations reflète la confiance croissante des investisseurs dans les actions américaines ; elle implique que les investisseurs sont disposés à payer davantage aujourd'hui pour une part des bénéfices futurs de ces entreprises qu'ils ne l'ont fait par le passé. Mais elle représente aussi une hausse temporaire des rendements qui ne peut se reproduire indéfiniment. Des valorisations plus élevées aujourd'hui impliquent nécessairement des rendements futurs attendus plus faibles, toutes choses égales par ailleurs.
3. Surperformance fondamentale
Le troisième volet de l'analyse de GMO est sans doute le plus important pour les investisseurs à long terme. La performance fondamentale inclut les dividendes, les rachats d'actions et la croissance organique de l'entreprise. Selon GMO, les entreprises américaines ont effectivement généré des rendements fondamentaux supérieurs, justifiant ainsi, au moins en partie, leur valorisation élevée par leurs performances commerciales réelles.
Revenons un instant sur Nvidia. L'entreprise vient d'annoncer une croissance de son chiffre d'affaires de 56 % lors de la publication de ses derniers résultats. Une croissance fulgurante pour une société de cette envergure, qui domine son secteur depuis des années. Il s'agit d'ailleurs de son trimestre le plus faible en termes de croissance depuis mi-2023, date à laquelle l'essor de l'IA générative a commencé à porter ses fruits. Mais ces taux de croissance astronomiques soulèvent légitimement des questions chez les investisseurs : combien pourront-ils se maintenir ?
Les quelques privilégiés contre la multitude
L'histoire se complexifie lorsqu'on examine l'impact considérable des « Magnificent 7 » sur la surperformance des États-Unis. En effet, si l'on exclut ces sept entreprises, la performance du S&P 500, dans son ensemble, prend une tout autre dimension. Commençons par analyser les résultats fondamentaux des entreprises :
| S&P 500 hors Mag 7 | Indice MSCI ACWI hors États-Unis | |
| Croissance estimée du bénéfice par action (BPA) sur 3 à 5 ans | 11.7 % | 9.0 % |
| Croissance historique du chiffre d'affaires sur 3 ans | 10.4 % | 13.1 % |
| Croissance historique du BPA sur 3 ans | 0.6 % | 9.3 % |
(Source : Wespath, FactSet. Données du 27 août 2025.)
Comme le montre le tableau, les bénéfices des 493 entreprises hors du groupe des « Magnificent 7 » ont stagné ces trois dernières années, contre une croissance de 9 % pour les entreprises internationales sur la même période, selon l’indice MSCI ACWI ex-US.
Cette concentration de succès constitue un élément important à prendre en compte par les investisseurs. Ce constat est d'autant plus frappant lorsqu'on examine les indicateurs de valorisation. En comparant à nouveau le S&P 500 hors Mag 7 et le MSCI ACWI hors États-Unis, on observe que les actions américaines se négocient à un ratio cours/bénéfice moyen pondéré de 25.2, contre 16.6 pour leurs homologues internationaux.
Autrement dit, alors que les sept entreprises les plus performantes représentent environ 32 % de chaque dollar investi dans le S&P 500, les 68 % restants constituent un groupe d'entreprises dont les résultats récents sont moins bons, mais qui se négocient néanmoins avec des primes de valorisation importantes par rapport à leurs homologues internationaux.
Plaidoyer pour la diversification mondiale
Il est vrai que les marchés internationaux sont confrontés à des défis persistants depuis la crise financière de 2008, notamment le surendettement, l'incertitude politique et la faiblesse de la croissance mondiale. Par ailleurs, la diversification régionale accuse un retard depuis des années, malgré des données fondamentales sous-jacentes convaincantes.
Mais ces périodes de stagnation précèdent souvent les opportunités. Les marchés boursiers japonais, par exemple, ont connu deux décennies de difficultés après l'éclatement de leur bulle des années 1980 avant de renouer avec la performance ces dernières années. Aujourd'hui, la diversification internationale permet de s'exposer à différentes structures économiques, à des valorisations attractives et à une diversification des devises (particulièrement importante si le dollar continue de s'affaiblir). Et surtout, une exposition mondiale équilibrée réduit le risque de surconcentration du portefeuille.
Cette analyse ne remet absolument pas en cause la qualité des actions américaines. Les sept entreprises phares ont bâti des modèles économiques exceptionnels, dotés d'avantages concurrentiels durables, et les marchés américains continuent d'offrir profondeur, liquidité et innovation, autant d'atouts qui demeurent attractifs pour les investisseurs internationaux. Les graphiques ci-dessus montrent également que les entreprises n'appartenant pas à ce groupe devraient connaître une forte croissance de leurs bénéfices au cours des prochaines années. Toutefois, l'histoire démontre que le leadership sur les marchés est fluctuant. Maintenir une allocation mondiale des investissements permet aux investisseurs de tirer profit de cette dynamique changeante tout en maîtrisant le risque géographique.